Le chimichurri, emblème argentin par excellence, réveille les papilles avec ses notes intenses et son côté rafraîchissant. Il invite à la découverte : assis autour d’une table animée, on se passe le bol de main en main, on tranche la viande, puis on trempe, généreusement. En y réfléchissant, peu de sauces créent ce petit rituel convivial, rassurant. Certains le découvrent sur le grill, d’autres lors de voyages, ou plus simplement par curiosité culinaire. Mais comment cette sauce a-t-elle traversé les frontières ? Retour sur une histoire savoureuse et pleine de surprises.

Qu’est-ce que le chimichurri ?

Le chimichurri est une préparation dynamique, à la fois fraîche et vive, dont la texture, ni liquide ni épaisse, met en valeur chaque ingrédient. Concrètement, on y retrouve une alliance d’huile, de vinaigre, de persil frais, d’ail et de piment. Ce mariage donne une sauce équilibrée, où la douceur de l’huile se marie avec le côté acidulé du vinaigre, tout en laissant la place aux herbes et à la pointe épicée. D’ailleurs, selon la quantité de piment ou d’ail, un même chimichurri peut surprendre par son tempérament.

Il serait dommage de croire que le chimichurri se limite aux seuls barbecues. Il trouve parfaitement sa place sur du poisson – on pense notamment au steak de thon –, sur des pommes de terre rôties ou encore en garniture pour un filet de poulet grillé. Ses possibilités n’ont rien d’anecdotique.

Une histoire riche et une origine argentine

Célébré dans chaque région du pays, le chimichurri fait partie de ces traditions qui résistent au temps. Lors des asados argentins, impossible de l’oublier sur la table. Mais d’où tient-il ses racines ? Certains historiens penchent pour une influence des colons espagnols et italiens, mélangée aux coutumes des gauchos, ces cavaliers libres du XIXe siècle. Les ressources locales – herbes aromatiques, huile, piment – offraient alors tout le nécessaire pour élaborer une sauce à la fois simple et expressive.

Son nom, parfois crédité à un certain Jimmy Curry, commerçant britannique, reste entouré de récits et de légendes. On entend aussi le bruit selon lequel il proviendrait d’une expression indigène difficile à prononcer pour les Européens. Vérité ou anecdote transmise de génération en génération ? Le mystère perdure, contribuant à l’attachement autour de cette préparation.

Les ingrédients incontournables pour réussir un chimichurri

La réussite d’un chimichurri authentique dépend du choix d’ingrédients de grande fraîcheur et d’une certaine simplicité :

  • Persil plat : il assure une note végétale vibrante.
  • Ail : apporte un caractère affirmé, attention cependant à doser pour éviter qu’il ne prenne le dessus.
  • Piment frais ou séché : permet de réguler la puissance de la sauce.
  • Origan séché : souvent sous-estimé, il arrondit les saveurs.
  • Huile d’olive : enveloppe l’ensemble d’une douceur caractéristique.
  • Vinaigre de vin rouge : équilibre, rafraîchit largement et relève les arômes.
  • Sel et poivre : pour réveiller le tout.

L’ajout de paprika en poudre ou d’autres épices reste possible, selon les traditions familiales ou les variantes régionales. Quelques gouttes de jus de citron ou un peu de coriandre fraîche peuvent aussi transformer la recette. Évitez cependant d’ajouter trop d’épices d’un coup, sous peine de noyer la signature végétale du mélange.

La recette traditionnelle et conseils pratiques

Pour un chimichurri digne de ce nom, la clé réside dans une coupe suffisamment fine des herbes et dans le respect des temps de repos. Voici une méthode courante :

  1. Ciseler finement un bouquet de persil plat (feuilles et quelques tiges), puis émincer 2 à 3 gousses d’ail et un petit piment frais, ou bien saupoudrer quelques flocons si besoin d’adoucir la préparation.
  2. Ajouter une cuillère à soupe d’origan séché et assaisonner modérément avec sel et poivre.
  3. Verser 10 cl d’huile d’olive puis 2 cuillères à soupe de vinaigre de vin rouge, tout en mélangeant doucement pour préserver la belle texture.
  4. Laisser reposer au réfrigérateur pendant au moins 2 heures. Cette étape, souvent négligée, permet à la sauce de s’imprégner et de révéler ses arômes.

Astuce souvent partagée par les habitués : ajouter un peu de jus de citron jaune ou vert, cela permet de rééquilibrer l’ensemble en cas de vinaigre trop fort. Vérifiez la puissance de votre ail avant d’ajouter, certains crus étant nettement plus corsés que d’autres. Le chimichurri se conserve facilement une semaine, à condition de recouvrir d’une fine pellicule d’huile pour éviter toute oxydation.

Des variantes de chimichurri venues d’ailleurs

Si la version verte et persillée domine en Argentine, les variantes sont multiples. Ainsi, le chimichurri rouge utilise davantage de piment doux, du paprika fumé, parfois une pointe de miel pour apporter de la rondeur. En Amérique latine, on lui intègre de la coriandre, tandis qu’en Espagne, le cumin ou le chili se font une place non négligeable. Chaque région adapte, module et interprète ce classique, l’essentiel restant d’obtenir ce contraste frais et relevé.

Face à toutes ces déclinaisons, une même table peut réunir plusieurs pots de sauces, du plus doux au plus épicé. Un conseil tiré de l’expérience : préparer une base douce, puis donner à chacun la possibilité d’ajouter du piment à sa convenance. Cette approche évite bien des grimaces et ravit même les palais sensibles…

Idées pour agrémenter vos plats avec le chimichurri

Traditionnellement, le chimichurri s’impose avec des viandes grillées, particulièrement le bœuf ou le porc lors des asados. Néanmoins, son potentiel va bien plus loin. Essayez-le pour napper un poisson cuit à la poêle, comme le steak de thon, pour surprendre agréablement lors d’un dîner léger. Sur des légumes rôtis, comme des aubergines ou des poivrons, il fonctionne tout aussi bien. Autre usage facile : en marinade avant cuisson, que ce soit pour du tofu, du poulet ou même sur des pommes de terre sautées. Bref, difficile de s’en lasser !

Les maladresses fréquentes à éviter

Quelques erreurs, parfois commises même par des passionnés, peuvent rendre un chimichurri moins agréable :

  • Passer tous les ingrédients au mixeur : l’effet “purée” n’est pas à rechercher, la sauce doit rester vivante et légèrement granuleuse au regard comme sous la dent.
  • Surcharger en ail ou en vinaigre : attention, ces éléments puissants peuvent vite prendre le dessus. Mieux vaut y aller progressivement puis ajuster.
  • Négliger l’équilibre sel/acidité : goûtez systématiquement avant de servir, chaque vinaigre ayant sa propre intensité.

Autre astuce éprouvée : éviter de préparer le chimichurri trop longtemps à l’avance (plus de trois jours). Les herbes perdent leur fraîcheur, la préparation perd alors en énergie gustative. Enfin, conserver la sauce dans un récipient bien fermé pour limiter le contact à l’air et ainsi en allonger la conservation.

Inviter l’Argentine à sa table, simplement

Le chimichurri, c’est une invitation à la découverte. Que l’on se fie à la recette classique ou que l’on ose les variantes, il sait s’adapter à une multitude de mets, il étonne les convives et anime les tables. Laissez-vous guider par vos envies, ajustez selon les ingrédients disponibles, et, surtout, partagez : rarement une sauce a donné tant de bonnes raisons de réunir les gourmands autour d’un plat convivial.

Bonus : version express pour improviser

Pas le temps ? Il existe une alternative rapide : mélanger du persil séché, un peu d’ail en poudre, quelques flocons de piment, huile d’olive et un tour de vinaigre. Une pincée de sel, un tour de cuillère, et voici une sauce prête à servir en moins de cinq minutes. Idéale lors d’un repas improvisé ou pour relever une simple grillade !

Sources :

  • bonappetit.com
  • foodandwine.com